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Vladimir Torres, en face to face

Guillaume Malvoisin

Le contrebassiste franco-comtois sort Music For a Locked In Double Bass, disque enregistré en solo.

Ça fait quoi un musicien coincé entre quatre murs ? Ça cogite ? Ça panique ? Ça rebosse ses gammes ? Ou alors ça avance. Malgré lui, malgré les impedimenta, malgré les stop’n’go. Ceux-là, Vladimir Torres les affronte à mains nues. Dans les quatre cordes de sa contrebasse. Son Music For a Locked In Double Bass regorge d’uppercuts et de crochets bien placés. De Blackbird, de Lonely Woman et de Pork Pie Hat aussi. Trois titres iconiques, sortis des gants du soliste. Car sur ce disque, Torres est solo. Du genre ghost fighter avec l’espace pour soi, le temps en soi. « Pendant le confinement, pendant cette année d’inactivité culturelle, ma contrebasse était presque ma chambre. Je ne l’ai pas quitté et c’est ce qui m’a sauvé. Je serais devenu fou si je ne m’étais pas mis à mon instrument d’une manière inédite jusque-là. », confiait-il à PointBreak. Vladimir n’est pas devenu fou. Enfin si, fou d’un lieu où il part enregistrer Music For a Locked In Double Bass. Ce lieu c’est la ferme natale de Courbet, à Flagey. Là, au cœur du Doubs rugueux et militant, le contrebassiste enregistre d’abord seul, puis se laisse rejoindre par Flavien Van Landuyt pour les prises de sons où la contrebasse se superpose à elle-même. C’est Billie Jean emprunté à Michael, par exemple. Ici, comme ailleurs, ce qui frappe l’oreille, c’est le son au cordeau des prises. On entend le doigté puissant, la prise de cordes rapide et sans appel et le soin mis à détacher les notes, à les faire sonner clair dans la résonance du lieu. Face après face, les reprises perso, Contrarriba, et les reprises d’autres, L’Hymne à l’amour, tracent une forme d’autoportrait épuré et volubile.

Site de Vladimir Torres : https://www.vladimirtorres.com/