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Vincent Lê Quang Quartet « Everlasting »

Une matrice poétique et théâtrale

De gauche à droite : Guido Zorn (contrebasse), Bruno Ruder (piano), Vincent Lê Quang (saxophones, compositions), Joe Quitzke (batterie).

Crédit photo : Olivier Degen

À Nevers, Chalon-sur-Saône et Mâcon, Le Café Charbon, l’Arrosoir et le Crescent accueilleront le Vincent Lê Quang Quartet, respectivement les 27, 28 et 29 janvier[1].

Le saxophoniste s’ouvre sur ses compagnonnages et sa démarche artistiques.

Tempo webzine (Tw) : À partir de janvier, votre quartet va donner quelques concerts en Bourgogne Franche-Comté ; quel en sera le programme : d’autres thèmes viendront-ils accompagner ceux d’Everlasting ?

Vincent Lê Quang (V. Lê Quang) : Ce quartet qui porte mon nom est la formation pour laquelle j’écris régulièrement depuis de nombreuses années, et notre disque, Everlasting, nous a permis d’accomplir une forme de synthèse. Cependant, un disque et un concert sont deux aventures bien différentes : l’un est plus poétique, et l’autre plus théâtral. Aussi le répertoire du concert débordera sans doute celui du disque. De plus, comme chaque pièce peut être profondément renouvelée par l’improvisation, nous serons loin d’une simple interprétation de l’album.

Tw : Le pianiste Bruno Ruder, le contrebassiste Guido Zorn et le batteur Joe Quitzke jouent à vos côtés depuis plusieurs années, quand et comment ce quartet s’est-il constitué ?

V. Lê Quang : J’ai eu envie de jouer avec ces trois formidables musiciens de par les expériences fortes que j’ai eues à leur contact. Avec Bruno Ruder, c’est une fraternité musicale et humaine commencée avec notre trio yes is a pleasant country[2] avec la chanteuse Jeanne Added. Avec Guido Zorn, c’est à la faveur d’une tournée en Afrique (au Nigeria) que mon envie de jouer avec lui est née. Enfin, le désir de jouer avec Joe Quitzke vient de l’admiration qu’il a suscitée au concert et au disque.

Tw : Everlasting est, si je ne me trompe, le premier enregistrement de ce quartet. Réalisé au mois de décembre 2019, il a été publié courant 2021 ; l’écart ici a certainement tout à voir avec la fâcheuse année 2020. Cependant, indépendamment de cela, pourquoi cette attente avant de créer cette œuvre ?

V. Lê Quang : Plusieurs autres productions discographiques m’ont pourtant impliqué en tant que créateur (duo avec Vincent Peirani[3], trio yes is a pleasant country, trio Modern Art[4] de Daniel Humair, trio d’Aldo Romano Liberi Sumus[5]). Mais il est vrai que c’est sans doute plus lisible qu’un disque sorte sous le nom d’un artiste pour lui donner existence et… consistance !

Tw : Intégralement conçu avec vos propres compositions, l’album se présente comme une suite de tableaux impressionnistes qui inclinent à des alliages subtils – rêverie/mélancolie, voire méditation/ésotérisme. Vous vous y exprimez sur les saxophones soprano et ténor, mais de manière à les rendre quasi imperceptibles l’un à l’autre, choisissant des sonorités, tout en douceur et en nuances, guidant vers des silences. Est-ce la perception poétique du temps qui vous habite ?

V. Lê Quang : J’ai voulu exprimer un rapport au temps car, si le son est souvent en jeu dans la perception musicale, le temps n’est pas moins important. Plus généralement, à une époque où l’activité des humains met en péril la nature que nous croyions immuable, il me semblait intéressant de questionner cette notion d’éternité. C’est peut-être dans cet état d’esprit que je recherche une continuité dans la pratique des deux saxophones soprano et ténor.

Tw : Par ailleurs Everlasting et quelques autres titres, qui tournent autour du mot éternel, sont en anglais. Les autres, qui jouent plus de la métaphore, sont en français. À quoi est dû ce jeu bilingue ?

V. Lê Quang : Il n’est pas réfléchi… L’anglais me permet d’assumer une filiation avec le répertoire américain, et permet aussi en l’occurrence de rattacher la série des everlast* à une composition originelle dans ses diverses déclinaisons et présentations. En choisissant un titre français, on est un peu plus spécifique et donc à même de convoquer, pour les francophones, tout un imaginaire autour de la composition.

Tw : Parmi ces compositions, Une danse pour Wayne vient s’inscrire juste au cœur d’Everlasting : un hommage rendu à Wayne Shorter ?

V. Lê Quang : Effectivement !! Cet immense musicien est une source d’inspiration. Je n’essaie pas de l’imiter (ce serait bien impossible) mais simplement de me laisser tirer vers le haut par l’exemple qu’il représente.

Propos recueillis par Michel Pulh


[1] Ces trois concerts s’inscrivent dans le dispositif « soutien aux concerts» du CRJ.  

[2] Vincent Lê Quang (s), Bruno Ruder (p), Jeanne Added (voc), mai 2008. Des poèmes d’E.E. Cummings, W. B. Yeats et P. Celan, y entrent en dialogue avec des œuvres de Billy Strayhorn, Duke Ellington, Charles Mingus, Rodgers et Hart et des compositions originales.

[3] Avec Sylvain Luc (guitare) et Serena Fisseau (chant), Vincent Lê Quang est aussi présent dans Gunung Sebatu, le premier enregistrement de l’accordéoniste (mars 2009),

[4] Daniel Humair (dm), Stéphane Kerecki (b), octobre 2016. Comme l’ont fait des poètes, D. Humair, qui est aussi peintre, conduit son trio à s’inspirer d’œuvres peintes entre 1950 et le début des années 2000.

[5] Aldo Romano (dm), Henri Texier (b), Vincent Lê Quang (sax), Paris Le Triton janvier 2014.