Trombonynio – Ode à la coulisse

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De gauche à droite : Sylvain thomas, Denis Desbrières, Simon Girard, Aymeric Descharrières, Thibaut François, Sebastien Bacquias, Florence Borg et Olivier Dureuil.

Par Michel Pulh

« J’ai trouvé mon bonheur dans la polyvalence : je reste tromboniste classique, je suis tromboniste de jazz, de musiques actuelles ; et du coup je joue tout le temps. »

Chez Florence Borg-Descharrières (couple musicien), la pratique du trombone peut s’assimiler à une profession de foi. Elle complète : « artiste enseignante. C’est ma place. » Elle donne des cours dans les Conservatoires de Chenôve et Longvic où elle défend bec et ongles l’instrument quand parfois des parents n’y voient qu’un instrument de fanfare ! En général, les classes de trombone de la Côte-d’Or (hormis le Conservatoire de Dijon) « sont de petites classes. » Il n’empêche : « Une fois par an [les professeurs montent] un répertoire d’ensemble de trombones ; et on fait vivre ça à tous les élèves. »

En 2015 est né l’Arsaut. Au départ cette association envisageait de « monter un centre socioculturel participatif» sur le territoire Ouche et Montagne (Communauté de communes de la Vallée de l’Ouche) où vivent Florence et Aymeric Descharrières. Mais faute d’avoir pu y réunir les moyens nécessaires, « on l’a redirigée vers un autre objet : le soutien à la création artistique, à l’improvisation musicale et aux pédagogies innovantes. » C’est ainsi qu’est né Trombonynio. Une idée de Florence provoquée par deux souvenirs, demeurés vivaces : un concert du Big Band Chalon Bourgogne (BBCB) où elle s’est sentie portée « par le trombone basse de Sylvain [Thomas] et le trombone voltige de Simon [Girard]. Je suis sortie de scène en me disant : voilà je veux monter un projet avec eux. » Il y eut ensuite ce petit garçon, à l’aube d’une rentrée dans une école de musique, comme subjugué par le trombone qu’il avait pour la première fois entre les mains. Trombonynio a d’abord été un spectacle.

Si Florence en a confié l’écriture à Julie Rey et la composition à Aymeric, elle est restée attentive (pointilleuse ?) à ce « qu’on comprenne vraiment le lien qu’on peut tisser avec son instrument », et qu’ainsi verbe et musique donnent à imaginer le héros du conte, Auguste Boléro. Enfin que la partition soit à la mesure du chœur de plus de 40 trombonistes, les élèves, petits et grands, des écoles de musique de Côte-d’Or, dirigés par Alain Gérard, professeur à Semur en Auxois. À leurs côtés, les complices de la famille BBCB : Simon Girard, Sylvain Thomas, Florence Borg-Descharrières (tb), Thibaut François (g), Sébastien Bacquias (b), Denis Desbrières (dm). Les récitants, Olivier Dureuil et Aymeric Descharrières qui a mis son soprano de côté, penchent quant à eux vers les 26 000 Couverts, la troupe de théâtre de rue de Philippe Nicolle dont ils sont membres. Après une dernière mise au point à La Minoterie à Dijon, la création de Trombonynio eut lieu le 7 avril 2018 à La Vapeur. Quelques représentations ont suivi avant que l’intrus pandémique fasse à nouveau des siennes. Cependant, grâce à une collecte en ligne l’aventure du conte musical a emprunté un autre chemin, devenant un livre CD[1]. Le texte est illustré par les dessins en couleur d’Olivier Dureuil qui lui donnent un air BD. Sauf un portrait pleine page, en sépia, du tromboniste Fred Wesley (il joua aux côtés de James Brown). C’est une forme d’hommage, de référence, qui se glisse dans l’histoire. « Il nous a tous influencés, nous les trombonistes. » Parce qu’il est sorti des sections où ceux-ci sont trop souvent cantonnés. « Il a pris sa place. Et techniquement : waouh ! » Ainsi se présente Trombonynio qui ne désespère pas de brûler à nouveau les planches. Florence Borg-Descharrières qui s’est prise au jeu prépare déjà un autre conte musical : Rouge. Situé à la Nouvelle-Orléans, là où les fanfares – les Brass band – ont acquis leurs lettres de noblesse.

Écouter le disque :

Le Masque de fer

Comme Florence Borg-Descharrières joue beaucoup du trombone, « je garde mon masque de fer grâce à ça », explique-t-elle. Le profane pense immédiatement au mystérieux prisonnier du Fort Royal sous Louis XIV, sur l’île Sainte-Marguerite au large de Cannes. Rien à voir bien sûr. « Le masque de fer est une expression utilisée plus particulièrement chez les cuivres. Nous avons besoin d’une musculature solide autour de la bouche et au niveau de la mâchoire. » Du doigt elle trace le contour de sa bouche. « Je n’ai pas besoin de faire toute seule trois heures de technique tous les matins. »

[1] Enregistré du 6 au 9 juillet 2020 au Studio Triphon. Dijon. « Le CD, ça été particulier, parce que c’était période Covid. On n’a pas pu inviter le chœur. »

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