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Trio Segment – Fantômes

Graphisme : Guillaume Malvoisin (LeBloc, Dijon) 
Crédit photo : Baptiste Néel

À l’ombre de la lune

Par Hoël Germain

Le spectacle de l’évasion spatiale faisant office de bouffée d’air conditionné, l’espace prend ses aises comme échelle de représentation, un champ libre tout en possibles antagoniques : l’immensité claustrophobe, la grandiloquence indicible, le poids de l’apesanteur. Les anneaux de Saturne ouvre ce premier album du trio Segment, mystérieusement intitulé Fantômes, avec l’ampleur qui sied à cette échelle. Dès le premier triptyque d’accords plaqués, le piano d’Antonin Neel qui fait bloc avec la contrebasse de Jean Watché et Victor Prost qui feinte et tricote ce qu’il faut de propulsion aux baguettes, on peut s’y voir, admiratif de l’immensité presque consolatrice malgré l’inconfort mortel d’une dérive orbitale. De l’exposé découleront maintes variations ludiques, Segment sait faire circuler fluide et dru l’énergie tout en ménageant sa dramaturgie (vivement la scène), mais sur disque reste surtout cette impression cinémascope, contrepoint élégant à l’économie formelle d’un trio acoustique.

Autre évocation spatiale en titre Fosbury En Orbite s’avère plus éclairant sur l’aspect fantomatique de l’album. Introduit de quelques notes de piano préparé qui assènent leur métronomie déréglée, le morceau s’avère moins hanté que porteur de l’entre-mondes caractéristique de la figure spectrale. A l’esprit frappeur, il emprunte la facétie de circonvolutions rythmiques, laquelle est en partage dans les détournements blues de Plus puissant, le swing façon fête des morts d’Augmentated crazy blues ou encore les montagnes russes de Continuum. Dépouillés de leur fonction horrifique ces Fantômes conservent le goût du point d’orgue (la montée en transe de Penta dans sa seconde moitié, les affres de Diminished Mad Walk), du nocturne (Loki) et du sens de l’indéterminé propice à la surprise. Lunaire dans ses réflets insaisissables Fantômes l’est aussi par sa conclusion, Camille, mélancolie rassérénante au clair, présence tourmentée sur sa face cachée.



Disque paru le 19 mars 2021 

Antonin Néel : piano 
Victor Prost : batterie 
Jean Waché : contrebasse 

Enregistré, mixé et masterisé par Robin Mory (Studio Triphon, Dijon) 
Fabriqué par Inouïe distribution 
Co-production entre l’Arrosoir (Chalon-sur-Saône) et le trio Segment