Space Galvachers – Sounds of Brelok

Crédit photo : Stan Augris

Hoël Germain

Space Galvachers – Éclats du vibrant

Fardé de son air sautillant, le morceau Sounds of Brelok laisse à peine le temps de s’extasier sur sa fatrasie que menace déjà la sortie de piste menée par un violon dingue. On se surprendra peut-être à (mal) siffloter les premières notes de sa mélodie à leur retour exténué et abruptement terminal. Ça commence fort.

Space Galvachers, ou l’accolade de l’aventure spatiale et du bouvier morvandiau spécialisé dans le débardage de grumes jusqu’au milieu du siècle passé, laisse a priori augurer de joyeux paradoxes. A priori car les Galvachers, exilés industrieux louant par saison la maîtrise de leurs puissants animaux étaient de fait gens de routes et chemins, vecteurs culturels avec divers ailleurs, et peut-être rentraient-ils au bercail avec les yeux de ceux qui ont vu, de loin, la beauté de leur maison, comme l’astronaute celle du vaisseau terre.

Space Galvachers version trio, constituée de Clément Janinet aux violons, Clément Petit au violoncelle et Benjamin Flament aux baguettes de sa batterie métallophone maison, est le noyau commun à de multiples projets et collaborations ouvertes aux quatre vents. Ceci explique-t-il cela ? L’album Sounds of Brelok porte une concentration, une densité difficilement contenue en douze morceaux courts, débordants d’idées.

On peut supposer que l’intitulé fait programme : vraies recherches sonores, fausses imitations. La breloque est aussi cet objet dont la valeur se définit uniquement dans l’échange, l’annoncer c’est s’offrir le pas de côté, la possibilité du clinquant et de l’humour désarmant. En contrepoint, libre à tout auditoire d’en faire la B.O. de son cinéma intérieur sans trop s’appesantir de références.

La tenue chamarrée de space touriste enfilée, poursuivons avec Cosmic Safari, carte postale enjouée dont les brusqueries laissent supposer que quelque chose cloche hors-champ. Assez minimale, elle donne à entendre l’ossature du son des breloques, l’intrication du jeu des cordes en pizzicato bruts ou traités et d’un one-man-orchestre-de-percussions. A l’inverse Rat Soleil ménage une introduction à la cour qui n’économise pas ses effets de cordes frottées et cymbales monumentales, avant que l’apparat ne se dissolve dans la danse, insufflée de violoncelle chantant. De ton ou de tout, Sounds of Brelok n’est pas avare en ruptures, l’irruption faisant parfois office de respiration. Ainsi les méditations soyeuses de Scuti Sun Burn ne manquent pas de virer à la fièvre, état qui semble aussi innerver les dérèglements bruitistes de Lex Gundobada ou les cahots rythmiques de Foire à Westerlund. Tandis que l’angoisse gagne petit à petit Balastral, Quadrille aux étoiles laisse intacte l’émerveillement du voyageur intergalactique.

Quelques décennies séparent à peine la fin de la galvache et les débuts du programme Apollo. Ici coexistent astronautes et galvachers, dans cette abondance de contrastes, de pistes brouillées et de bricolages féconds, dont on se plaît à imaginer qu’ils eussent offerts autant d’occasions de réinventer chaque morceau dans l’instant, sur une scène.

Écouter l’album :

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