Quiet Men – Les liaisons bigarrées

Des quatre de Quiet Men

Crédit photo : Milomir Kovasevic

De gauche à droite : Pablo Cueco (zarb), Simon Drappier (arpeggione),Denis Colin (clarinette basse) et Julien Omé (guitare)

Michel Pulh

C’est presque un titre de film. Mais ces hommes sont-ils si tranquilles ? Depuis 2014, ils font étape ensemble et s’apprêtent à jouer dans notre Région. La musique des quatre musiciens de Quiet Men se lie à la lisière de leurs différences.

Nul augure dans les parages pour signaler si dans le ciel l’oiseau vole dans la bonne ou la mauvaise direction. Et comme ni la boule de cristal ni le marc de café n’ont fait leurs preuves : croisons les doigts. C’est donc dans ce flou qui n’a rien d’artistique, en présence – ce qui est défini – d’un public en modèle réduit, que les musiciens de Quiet Men vont se produire sur les scènes de Bourgogne-Franche-Comté[1].

Denis Colin (clarinettes, basse et, nouvellement, contralto) et Pablo Cueco (zarb) furent déjà des compagnons musicaux dès les années 1990, dans un nonet et un trio. À l’initiative du CRJ, ce dernier avait d’ailleurs réalisé une résidence en Bourgogne en 2007 et 2008[2] ; peu avant sa dissolution. 2008, c’est cette année-là que Denis Colin proposa au guitariste Julien Omé de rejoindre une autre de ses formations : La Société des Arpenteurs. Voilà des noms qui ne manquent pas de résonances aux yeux du musicien et surtout rompent résolument avec « l’écueil un peu rébarbatif de la numération » – ces 4tet, 5tet dans des intitulés style écriture SMS. Depuis J. Omé et D. Colin n’ont « pratiquement jamais cessé de jouer ensemble dans différents projets. » À son tour le guitariste a suggéré Csaba Palotaï pour le remplacer de temps à autre. L’entrée de Simon Drappier (arpeggione[3]) chez ces Hommes Tranquilles est due au parrainage de Pablo Cueco. Tous deux « ont joué ensemble dans Tierra del Fuego de Pablo Nemirovski » où Denis Colin a été du nombre. En même temps contrebassiste, on peut entendre S. Drappier « dans Le Cabaret Contemporain. » Guitariste et arpeggioniste ( ?) de Quiet Men « aspire[nt] à la simplicité [et] cherche[nt] à épurer [leur] jeu. À eux deux ils me mettent la pression ! » convient le clarinettiste. Quant à Csaba Palotaï, « il ne cherche pas à remplacer exactement l’absent, il fait à sa manière et ça marche ! ». Précision d’importance : Quiet Men « est un ensemble collégial, sans leader. Ça faisait très longtemps que je n’avais pas pratiqué la musique comme ça. Chacun a sa vision. » Quoi d’étonnant dès lors à ce que les musiciens aient fait preuve de patience ?

Quiet Men n’est entré en studio qu’en 2016 ; mais il n’a pas publié ses enregistrements avant 2019. « Nous avons préféré attendre. L’équilibre sonore, la chaleur du son, l’évidence du déroulement, et bien d’autres choses passent par la bonne compréhension mutuelle. La musique est un art compliqué. Il y a toujours les autres, et on est soi-même l’autre d’un autre… Il faut du temps. C’est un travail intérieur de chacun. »

Préparant sa tournée, Quiet Men travaille un nouveau répertoire original ; sans exclure pour autant de jouer quelques compositions moins récentes. » Le jazz on le sait aime à glisser des citations au hasard des morceaux. Si d’aventure Quiet Men interprétait Chevaliers de Simon Drappier, il se pourrait que l’air d’une chanson bachique glisse ses paroles sur les lèvres de certains spectateurs… « Au final, la récompense c’est de faire émerger cette musique personnelle, chaleureuse et accessible. »


[1] Ce quartet bénéficie du dispositif « soutien aux concerts » du CRJ BFC. Voir le calendrier sur crjbourgognefranchecomte.org.

[2] Voir Tempo #21 (janvier-mars 2007) : CPC 2007/2008 résidence à trois. Nonet et Trio, où se trouvait aussi le violoncelliste Didier Petit, avaient donné chacun un concert au Festival D’Jazz Nevers 2007. La chanteuse Gwen Matthews y avait été l’invitée du trio. 

[3] Instrument à six cordes et à archet, dû au facteur viennois Johann Georg Staufer (1823). L’arpeggione est aussi appelé guitare d’amour ou guitare-violoncelle. D’après Encyclopaedia Universalis.

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