Écouter, jouer, écouter, jouer (ad lib.) – rencontre avec Julien Lhuillier

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Propos recueillis par Guillaume Malvoisin, avril 2021

Julien Lhuillier est belfortain, saxophoniste et professeur de jazz au CRD. 3 bonnes raisons selon lui de combiner ce qu’on pratique avec ce qu’on connait. On fait le point sur son engagement et ses attentes.

À 7 ans, cest déjà le jazz qui t’attire à cet âge-là ?

Je commence la musique à 7 ans. Après une année de solfège, je choisis le saxophone suite à un concert où presque tous les instruments enseignés étaient présents. Je me souviens du moment où j’ai vu le saxophone. Dans mes souvenirs, le groupe ne jouait pas sur scène mais dans le public. La lumière était tamisée et la formation ressemblait à une formation de jazz mais je n’ai pas le souvenir du style qui était joué. Je me souviens surtout de la sonorité chaude du saxophone ténor qui était joué par mon premier professeur de saxophone, monsieur Bernard Jeannenot, qui était aussi le premier professeur de saxophone au Conservatoire de Belfort. Il avait toujours une prestance, une très grande classe et une gentillesse incroyable.

À 7 ans, on est souvent plutôt guitare ou batterie, non ?

Mon papa, bassiste et trompettiste amateur, voulait m’orienter vers le piano. Il me disait : «  Tu pourras jouer partout, dans tous les styles ». Il m’a quand même laissé choisir le saxophone car le son m’a vraiment convaincu. Je ne saurais dire pourquoi exactement. Un coup de foudre peut-être. Avec le recul, je me dis que j’ai été influencé par les dessins animés que je regardais en famille, notamment les cartoons et les Warner Bros qui étaient riches en musique jazz. La passion est venue par la suite avec les différents professeurs qui m’ont transmis la leur.

Tu es devenu toi aussi enseignant au CRD de Belfort. Comment présentes-tu le jazz à tes élèves ?

J’essaye de le présenter comme une musique joyeuse, festive. Une musique qui est dans l’échange et le partage mais qui est aussi exigeante, et demande de la patience.

Comment ty prends-tu pour redorer limage de cette musique encore trop souvent perçue comme vieillotte ?

J’essaye de mélanger le répertoire « classique », les standards pour comprendre les mécanismes et se former, et les choses plus actuelles.

Enseigner le jazz, cest dabord établir une relation de confiance avec de futurs spectateurs ou former avant tout de futurs musiciens ?

J’essaye d’abord de former des passionnés. Je crois sincèrement que la passion est primordiale pour apprendre. Aujourd’hui, les jeunes générations consomment et passent rapidement à autre chose. Si nous n’arrivons pas à les passionner, c’est difficile de leur demander des efforts pour pratiquer.

Ce serait quoi le premier conseil que tu donnerais à un élève ?

Il faut écouter, écouter, écouter la musique que tu joues !

Qu’est-ce qui te rendrait le plus fier chez un élève à la fin de son cursus ?

Comme beaucoup de mes collègues, je crois que nous sommes heureux quand un élève décide de vivre de cette passion. Mais je suis aussi heureux qu’il devienne simplement autonome.

Est-ce que tes projets perso et ton enseignements se recoupent et s’influencent parfois ?

Le « territoire » n’est pas très grand et avoir des projets à droite et gauche me permet de rester en contact avec les lieux de diffusion, les organisateurs, les techniciens et les artistes. Sacré avantage pour trouver de nouvelles idées. Nous avons mené un projet FIMU en 2017 avec Erik Truffaz, Pih-Poh, Dj Dudy, Sebastien Valle (Blockstop) et des élèves en 3ème cycle du Conservatoire du Grand Belfort. J’adore ce genre de brassage. Depuis quelques années, il y a un partenariat avec l’association Bonus track de François Lanneau et le Conservatoire, notamment avec le festival Bebop or Be Dead. Les élèves ont ainsi pu se produire en 1ere partie de Naissam Jallal au Granit de Belfort. Le prochain projet que je mène est avec Laurent Dehors, prévu le 03 décembre 2021.

Belfort, c’est très beau et musicalement plutôt riche, mais tu as été tenté de partir faire carrière’ dans une autre ville plus grande, plus exposée au jazz ?

J’ai fait mes études musicales à Chalon-sur-Saône, Metz et Bruxelles. Je serais bien resté à Bruxelles car il y a une richesse musicale et une scène jazz assez active. Paris ne m’a jamais vraiment tenté. C’est une ville compliquée et je suis trop attaché à mes racines. Et avec le TGV, rien est impossible.

Tu as eu aussi pas mal dautres expériences dans dautres registres comme le hip hop ou le ska.

J’ai eu la chance de jouer dans différents styles avec Pihpoh, Two tone club, 65 mines street et Roy Ellis, Octoplus’si (ensemble de sax), mais aussi dans un cabaret (musique et théâtre) plus récemment avec la compagnie de Théâtre Cafarnaüm de Belfort. C’est hyper enrichissant. Ça me permet de me remettre en question en permanence, et de côtoyer des publics différents.

Toutes ses expériences se chevauchent, cest important pour toi ?

C’est peut-être le plus important. J’adore le Jazz et tout ce qui s’en approche mais je trouve cela pertinent de pouvoir échanger/partager avec des visions différentes de la musique ou du moins de l’approche que l’on peut avoir. Mener différents projets me garde en forme, je crois.

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