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Fly – Yonatan Hes trio

Face au mur du son

Lucas Le Texier

Tout le monde veut s’envoler, mais pour atterrir où ? Dans les bagages de Yonatan Hes, il embarque Ornette Coleman et l’énergie d’un bop bien désarticulé. Sur les places passagers, Basile Rahola à la contrebasse et Oscar Georges à la batterie. L’embarcation, c’est un album de huit compositions originales. Le moyen de transport favori de Hes, c’est le cerf-volant : lié d’un fil à la rythmique, il s’agite, jouant sur la longueur du fil du basse-batterie. Sur « The Wind », le rappel à l’ordre est immédiat, entre les grandes frappes bien binaires de Georges et les lignes rock de Basile Rahola. Au « Third Test », la force d’attraction de l’altiste est la plus forte. Entraîné dans la mêlée, moment de bascule en un fill de batterie, le basse-batterie est en apesanteur avec le saxophoniste et ses univers libertaires. Au-dessus des nuages, Sylvain Debaisieux au saxophone ténor et Pierre-Antoine Savoyat à la trompette et au flugelhorn les rejoignent en invités. Les forces s’équilibrent : dans « Noisy », les mélodies s’enchevêtrent tendrement, avant qu’Hes reprenne de la hauteur, pas du genre à se reposer sur ses compères. Hes et ses invités soufflants apprécient le mur brut de la rythmique face à lui, faisant gronder l’orage de son bec pour décaper le groove resté sur Terre. L’envolée, c’est par cette absence d’harmonie. Des traits, en transe, qui viennent se fracasser sur le mur du son. Successful landing.