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Didier Ithursarry – portes ouvertes sur les musiques du monde

Crédit photo : Malik Chaib

Par Pascal Anquetil 

A la tête d’un trio à l’instrumentation originale, l’accordéoniste Didier Ithursarry a choisi de partager avec le guitariste Pierre Durand et le flûtiste Joce Mienniel une nouvelle aventure inspirée de ses nombreux voyages et rencontres. Pari totalement réussi ! 

Ce nouveau trio, comme l’album qui l’accompagne, s’intitule « Atea ». A savoir « la porte » en langue basque. C’est dire que le Bayonnais, refusant de bâillonner sa musique, s’engage au contraire dans cette aventure à trois à ouvrir grandement sa porte à toutes les influences et traditions du monde. Afin de passer d’un univers à l’autre, du réel à l’imaginaire et ainsi traverser librement les musiques traditionnelles et populaires, du forrò brésilien au mariachi mexicain, en passant par les Dogons du Mali et les nomades du désert de Gobi.

Après l’expérience du quartet Kantuz avec Jean-Charles Richard et celle du duo avec Jean-Marie Machado, Christophe Monniot et Elodie Pasquier, pourquoi avez-vous choisi l’aventure du trio ?

Parce que j’ai voulu tenter un modèle résolument light, sans rythmique, et ainsi tester une formule de trio accordéon/guitare /flûte que je crois inédite, soit un alliage sonore riche en timbres encore inouïs. J’ai souhaité dans ce trio privilégier son côté organique afin d’inventer un ensemble vivant fait de souffle et de son, de terre et de vent. J’ai choisi Pierre Durand pour le côté « roots and blues » qu’il imprime à son jeu . Cela correspond idéalement au projet que j’avais en tête. J’aime son insatiable curiosité qui le pousse à visiter des territoires axés sur la danse et le blues. N’oubliez pas que du fait de mes racines la musique basque est en quelque sorte « mon blues » à moi. Quant au choix de Joce Mienniel, c’est parce qu’il est un extraterrestre de la flûte avec une vibration intérieure aigue proche du chant. Dans ce trio, il joue magnifiquement son rôle de chanteur, mais aussi de rythmicien. Il y a dans son jeu une force motrice qui me permet d’éviter l’emploi d’un batteur comme celui d’un bassiste. Comme moi, c’est un musicien tout terrain qui aime parcourir les musiques d’ici et d’ailleurs, d’hier, d’aujourd’hui et demain. Dans ce trio  j’ai délibérément choisi de jouer sur la répartition des rôles de chacun selon les morceaux Chacun de nous selon les compositions a un rôle rythmique ou soliste, mélodique ou bruitiste. Quand Pierre et Joce m’ont fait l’amitié d’accepter de participer à ce trio, je leur ai demandé de garder leur liberté de penser et d’intervenir afin d’élargir ensemble les horizons du projet. 

A l’accordéon, vous manifestez une vigueur rythmique qui offre à vos deux partenaires un accompagnement très stimulant que l’on peut qualifier de «pneumatique».

C’est précisément la force de cet instrument de pouvoir faire tourner un groupe, quel que soit sa formation. Je l’ai beaucoup expérimenté dans la formule du duo. J’aime bien jouer sans bassiste et ainsi développer les basses à la main gauche. J’ai mis du temps à oser créer mes propres projets, à prendre confiance en moi et me sentir légitime à ouvrir enfin la porte sur ce que je suis vraiment. Pendant trop longtemps  je me suis interdit de jouer des musiques du monde que j’aimais passionnément, comme, celle, brésilienne, de Hermeto Pascoal ou celle, mexicaine, des mariachi que j’écoutais, jeune, grâce à mon père qui en était un grand amateur. Je m’y suis aventuré avec ce trio. Chaque titre du disque raconte une histoire et évoque un monde musical différent. Il y a dans la musique de ce trio un double mouvement : celui d’un désir d’ ancrage et d’enracinement dans des traditions diverses et celui d’une invitation  au voyage, vers des ailleurs et des paysages toujours recommencés. 

A écouter : Didier Ithursarry Trio “Atea” (LagunArte LP 06 / l’Autre distribution)

En tournée :
Lundi 30 mai : Cosne-Cours-sur-Loire - D'jazz Nevers(58)
Vendredi 18 novembre : L'Arrosoir - Chalon-sur-Saône(71)
Samedi 19 novembre :  La fraternelle - Saint-Claude(39)