Michel Pulh & Nils Bruder : deux profils journalistiques à Tempo

Propos recueillis par Morgane Macé

Michel Pulh, un fidèle rédacteur

Crédit photo : Michel Pulh – Morgane Macé

Journaliste au Bien Public de 1969 à 1977, puis responsable de l’information au Théâtre de Bourgogne (actuel TDB) pendant 19 ans, Michel Pulh n’a jamais laissé de côté son amour du jazz, accordant en quelque sorte, sa passion à son arc…

Chemin faisant, entre presse et culture, ce militant du jazz originaire de Besançon est aussi très imprégné de théâtre et de littérature. Il a entre autres participé à l’organisation des rencontres Jacques Copeau, de la Biennale de la marionnette en Bourgogne, ou encore, du festival Temps de Paroles. Rencontre avec l’un des plus fidèles rédacteurs de Tempo.

Une rencontre décisive…

Michel Pulh a écrit pour Tempo dès la première parution du magazine, sous sa forme papier, en janvier 2002 : « j’ai du rater seulement un ou deux numéros quand j’étais en vacances » confie-t-il. Une rencontre à la sortie du théâtre de Beaune marqua le point de départ de cette collaboration :

« J’ai assisté en 2001 à un concert du Caratini Jazz Ensemble au théâtre de Beaune, où je suis tombé sur Roger Fontanel. On se connaissait déjà un peu car quand je travaillais au Théâtre de Bourgogne, il était administrateur de la Maison de la Culture de Nevers. Il me dit j’ai monté le Centre Régional du Jazz, on va faire un magazine, est-ce que ça t’intéresse ? ».

De là sont nés les « Carnets d’époques » : des chroniques sur le jazz dans la région pendant la période de l’après-guerre. Un travail de recherche auquel Michel Pulh s’est consacré qui donna suite à une nouvelle commande, d’un livre cette fois. Au fil du jazz. Bourgogne 1945-1980, riche en anecdotes sur le premier Boeuf Aristote à l’université de Dijon ou encore la venue de Dizzy Gillepsie au Hot club de Mâcon en 1948 forme un précieux témoignage sur la pratique du jazz, sa diffusion et sa réception dans l’hexagone.

« Celui qui aime »

À 18 ans, Michel Pulh découvre le jazz en écoutant les disques de son cousin, sur un électrophone stéréo Dual : « Le grand choc a été plus tard, à Lyon, lors d’un concert du Modern Jazz Quartet… Quand je travaillais au TB, le vendredi soir, j’avais l’habitude de dire que j’allais à la pharmacie. En fait, j’allais à la Fnac faire des provisions ! ».

Amateur de jazz ou « celui qui aime », l’auteur tchèque Josef Skvorecký saisit pour lui en quelques mots, son attrait pour cette musique vivante et émancipatrice : « c’est l’amour de la jeunesse qui reste solidement ancré dans l’âme, à jamais inaltérable, tandis que la musique évolue, c’est l’appel éternel des saxophones de Jimmie Lunceford[1]. ». 

Appel éternel et réécoute incalculable de certains enregistrements : « Il y a un morceau d’Armstrong qui m’a particulièrement touché, c’est St. James Infirmary. Sur le disque Kind Of Blue de Miles Davis, j’ai aussi un faible pour Flamenco Sketches ». Autre disque qu’il a beaucoup écouté, « Solea, sur lequel Gil Evans est accompagné par un orchestre. C’est une splendeur…»

Crédit photo : Nils Bruder – Morgane Macé

Nils Bruder, ou l’art de la trouvaille musicale

Urbaniste de formation, après 7 ans passés dans un bureau d’études à Paris, le Strasbourgeois Nils Bruder décide de faire une reconversion professionnelle pour suivre sa réelle vocation. Direction Marseille, pour obtenir le diplôme universitaire de l’École de Journalisme et Communication et par la suite créer Fakt, son entreprise de communication écrite.

Concepteur-rédacteur depuis 10 ans

Depuis une dizaine d’années, il travaille pour différentes collectivités (Ville de Besançon, Grand Besançon, Paris Vingtième, Région Bourgogne-Franche-Comté, Parlement Européen, le Mag de Clichy-sous-Bois, Treize (Paris 13e)), des lieux de diffusion (Les 2 Scènes à Besançon, MA Scène Nationale à Montbéliard, ou encore Le Quartz à Brest) et la presse régionale dont Tempo ou encore le magazine Sparse.

À son bureau, situé 22 rue Mégevand au sein de locaux partagés avec l’agence Territoire Landscape Architects, quand certains font 10 000 pas par jour au compteur du GSM, Nils Bruder peut rédiger jusqu’à 10 000 signes par jour.

« Je viens du métal »

Contributeur de Tempo depuis 2016 sans être amateur de jazz, ce détachement lui permet d’avoir un regard impartial sur les sujets abordés : « Le fait de rencontrer des personnes éloignées des esthétiques musicales qui sont les miennes fait l’intérêt des interviews. Je viens du métal et réécoute toujours les 4 premiers albums de Metallica que j’écoutais au collège. Du post-rock aussi, comme le groupe Mogwai. Un peu de classique… »

En mélomane, il marche au coup de cœur, « j’écoute plus souvent des singles que des albums entiers. En ce moment par exemple j’écoute beaucoup  »Idontknow » de Jamie xx. Ultrasyncopé, il y a une vraie transe dans ce morceau. J’écoute la musique avec sérendipité. Et puis je remonte aussi dans le temps, les émissions d’electro de radio Couleur3 ».

Une recherche musicale au gré des trouvailles, à glaner les bons morceaux, pour faire danser aussi les gens, car Nils passe régulièrement des disques avec l’équipe de Sparse ou avec sa binôme au sein de Leather & Glitter, lors d’événements culturels et dans les bars : « Je viens de trouver  »Live in Paris » de Scratch Massive ».

Le jazz pour héritage

Au fil de ses collaborations avec Tempo, ce sont les rencontres avec les musiciens qu’il apprécie le plus. Par exemple, celles de l’oudiste Fayçal Salhi (Tempo #61 janvier/mars 2017), ou encore du compositeur de jazz progressif Jan Vanek (Tempo #62 avril/juin 2017) : « c’est un globe-trotteur musical, il a passé une nuit dans une caverne sur l’île de Pâques, pendant laquelle il été piqué par un scorpion…».

C’est par le croisement des esthétiques, que le jazz peut d’après lui se renouveler : « Il y a peut-être des passerelles avec les musiques actuelles. Médéric Collignon par exemple sera aux 2 Scènes pour un concert explorant l’âge d’or du hip-hop. Même avec Beyoncé on peut remonter sur les rives du Niger. Toutes les musiques largement écoutées aujourd’hui remontent finalement aux musiques du début du 20e siècle aux USA, elles ont une large partie d’héritage du côté du jazz.»


[1] Le camarade joueur de jazz, publié chez Anatolia, 1996.

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