Atlas, cartographie d’une zone de création

Crédit photo : Julie Perrusset

Hoël Germain

Atlas 4tet, dont l’album Eclipse avait fait l’objet d’une chronique dans ces pages l’année passée, prépare pour début 2022 une tournée régionale, avec le soutien du CRJ. Romain Maitrot (trompette, bugle, synthés et voix), Léo Molinari (guitare, synthé et voix), Nicolas Canavaggia (basse et contrebasse) et Léo Delay (batterie), tous quatre actifs sur différentes scènes musicales de Bourgogne-Franche-Comté et d’Auvergne-Rhone-Alpes, nous concoctent depuis des mois un répertoire hybride, constitué des titres d’Eclipse et de nouveautés, le fruit soigneusement mûri de leurs influences multiples, travaillé « sans concessions ». Entretien avec Romain Maitrot à la veille de ce retour en scène, at last.

On va commencer par une question un peu récurrente j’imagine, pourquoi Atlas ?

C’est le nom d’une des premières compositions, qui est sur l’album Eclipse [2019]. Elle exprime une ambiance assez planante, comme une longue marche dans le désert, enfin un imaginaire qui nous paraissait pouvoir correspondre. Et comme ce n’est pas toujours facile de trouver un nom, on l’a gardé.

Les premières compositions c’était les tiennes ?

Au tout début, les deux-trois premières, ensuite assez vite elles ont été amenées par chacun ; pour le nouveau répertoire qui est en création actuellement Léo Molinari a apporté plusieurs morceaux, les autres quelques idées à développer, et la part de travail collectif est de plus en plus importante.

Atlas 4tet parait plutôt singulier dans l’ensemble des projets dans lesquels vous êtes chacun impliqués ? Avec ce caractère jazz moderne, progressif et oriental ?

La composante orientale, ce n’est pas complètement volontaire, enfin je pense que le nom y est pour beaucoup. Ce qui nous intéressait dans le choix d’Atlas comme nom c’est la multiplicité des sens, le massif montagneux, le géant qui porte le monde, la carte… La couverture de l’album Eclipse c’était un petit mélange de tout ça. Notre musique a parfois été qualifiée de jazz oriental, mais je me demande si les personnes qui ont écrit ça l’ont vraiment écoutée ! Ça fait partie de toutes nos influences, et on aime travailler ces longues tournes modales qui peuvent y faire penser, pour autant ce n’est ni une envie délibérée, ni quelque chose qu’on veut forcément attacher au projet.

Atlas c’est un peu notre zone de création, très personnelle et sans compromis. C’est aussi pour ça qu’on a beaucoup répété avec ce groupe, c’est une approche assez différente… un peu plus profonde : quoi qu’il arrive on va prendre le temps, on fait ce qu’on a envie de faire, sans trop se préoccuper de ce qui est attendu, de ce qui va permettre de tourner…

Dans une vidéo parue sur le site de France 3, vous jouez un de vos nouveaux morceaux, Space Spaghetti. Par rapport aux morceaux d’Eclipse les instruments ont un peu changé il y a des voix… Est-ce que ça représente vos nouvelles créations ?

Oui, on a étoffé l’instrumentation, ce qui nous a ouvert des possibilités. La base reste la même, Léo [Molinari] joue toujours de la guitare, et il n’y a pas systématiquement du chant mais on utilise des sonorités différentes avec le Moog notamment. Comme je me suis aussi mis au clavier ça permet d’autres choses.

Au niveau du propos, Eclipse avait un aspect assez crépusculaire, le titre Space Spaghetti c’est plus décalé que sombre, non ?

On a cette envie d’une musique plus dansante, lumineuse, et avec un côté plus léger, moins premier degré. Dans l’interview on évoque nos sources d’inspiration, et on a pensé à citer quelques grands noms du jazz actuel mais on est aussi très influencé par des groupes lyonnais, comme Chromb !, le Very Big Toubifri Orchestra, les orchestres de la compagnie Impérial.. Un jazz moins conventionnel, dont on aime beaucoup l’inventivité et le coté décontracté, sans trop d’esprit de sérieux. Ce qui est identifié comme progressif dans notre musique vient sûrement de ces groupes-là, qui font un jazz un peu trans qui a intégré énormément d’influences, plutôt que directement du rock progressif par exemple.

La tournée soutenue par le Centre régional du jazz, qu’en espérez-vous ? J’ai vu que Bezzib [sextet mêlant musiques de chambre et traditionnelle des balkans, dans lequel Leo Delay et Nicolas Canavaggia tiennent la rythmique] avait bénéficié d’une Sélection régionale des musiques du monde Auvergne Rhone-Alpes 2018, donc vous avez déjà une expérience de ce type de dispositifs.

Oui, je n’ai pas tout suivi mais ça leur avait amené plusieurs belles dates. La tournée est prête, à part les festivals de l’été qui sont encore à préciser, on a ajouté un café-concert à Lyon (De l’autre côté du pont) et un petit lieu, le Lion d’Or à Simandre [voir l’encart]On espère pouvoir mettre à profit ce dispositif pour inviter les professionnels et convaincre. L’enjeu pour nous c’est de donner envie aux programmateurs, parce que monter un projet, créer un répertoire, on commence à savoir le faire, mais le plus difficile reste de trouver des lieux pour jouer notre musique. Ça fait cinq ans que le groupe existe, et je suis très content qu’on ait attendu tout ce temps pour solliciter l’aide du CRJ, parce que ce que nous allons proposer là ce sera une version assez aboutie d’Atlas.

Atlas 4tet en tournée :

10/02/22 - D'Jazz Nevers, Nevers (58)
25/03/22 - Le Lion d'Or, Simandre (71)
26/03/22 - La fraternelle, Saint-Claude (39)
1/04/22 - L'Arrosoir, Chalon sur Saône (71)
9/04/22 - Le Crescent, Mâcon (71)

Le site d’Atlas 4tet : http://www.atlas4tet.com

Chronique de leur disque Eclipse :

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