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Adrien Desse – Keep Kolm and Carry On

Crédit photo : Médéric Roquesalane

Lucas Le Texier

Dans son triptyque rock-jazz-danse, le batteur bourguignon Adrien Desse incarne à lui seul l’éclectisme des interprètes du jazz d’aujourd’hui. Portrait sur ce touche-à-tout.

Adrien Desse apparaît presque comme un cas d’école pour sonder l’identité des jazzmen de notre temps. Après quelques années de cours particuliers de batterie rock, Adrien s’inscrit au conservatoire d’Auxerre dans la classe du batteur Claude Juvigny. Il découvre alors Led Zeppelin, Black Sabbath, AC-DC. « John Bonham [le batteur de Led Zeppelin, ndlr], c’était incroyable ». Le rock, première influence déterminante. Première motivation aussi pour jouer de la musique, ce qui nourrit le jeu du rythmicien. Après le lycée, il intègre le département jazz du conservatoire dirigé alors par le guitariste François Arnold.

De là, la conscience pour le jazz s’aiguise pour le jeune Desse. Par Arnold, qui poussait ses jeunes loups à assister aux concerts du jazz club. Par l’écoute : les groupes de rock progressif comme ceux de Frank Zappa, Yes, et King Crimson sont un point d’entrée parfait dans le jazz. « Zappa et ses musiciens me fascinaient. Dans un même concert, ils faisaient un truc swing, puis un morceau reggae, puis du surf-rock. Tu te demandes comment ils faisaient pour jouer trois heures en enchaînant les styles. J’aimais beaucoup cette esprit hyper large, y’avait toujours du bon à prendre dans les styles ». Curieux, le jeune batteur passe une partie de ses journées à la médiathèque du coin, écoutant CD sur CD, observant les pochettes, recoupant les informations et les musiciens qu’il avait déjà entendus ailleurs. Par la force des choses, c’est ce qui le fait entrer dans le jazz. « À force d’écouter du jazz-rock, de regarder où est-ce que les musiciens jouaient ailleurs et d’avoir des cours d’écoute dans des classes de jazz, tu te dis que tu dois t’y intéresser ». Symbole de ses goûts transpartisans, la première grosse claque d’Adrien Desse dans le jazz, c’est le batteur Billy Cobham du Mahavishnu Orchestra dont le style flirte avec le rock et la funk.

Premier groupe, son trio KOLM, en 2016. « J’avais bien envie de faire un trio sans basse et d’avoir des instruments pour aller dans les graves ». Avec Loïc Vergnaux aux clarinettes et Vincent Duchosal à la guitare électrique, KOLM est une créature électrique tout à la fois rock et (free) jazz. « C’est de la musique de chambre électrique. Chambriste, mais plus couillue [rire] ». Même énergie barrée et chaotique dans le tout récent SuperChevReuil avec Jérémie Guillemin (saxophone, composition) et Anne-Elisabeth Decologne (contrebasse). « Ces petites pièces qui vont dans tous les sens », comme le résume à gros trait Adrien, non sans rappeler les trames scénaristiques des Mothers of Invention.

Pour autant, Adrien Desse ne s’est pas complètement détourné des projets acoustiques. Ymir, emmené par la flûtiste Aline Bissey, mise sur les ambiances et les timbres dans des morceaux qui oscillent entre passages improvisées et écrits. Autre projet, Le Courage avec la musicienne et autrice Julie Rey, où Desse troque la batterie pour les claviers et la guitare. Ce « concert littéraire » se produit pour des festivals comme Tandem à Nevers ou Modes de vie à Dijon.

Ce portrait serait incomplet si l’on n’évoquait pas un dernier aspect de la vie musicale du batteur : la danse. Lorsqu’il reprend les cours en batterie jazz au Conservatoire de Dijon à la suite de Gildas Lefaix, Adrien doit assurer quelques heures en accompagnement danse. D’où la nécessité de s’adapter : « Les danseurs parlent beaucoup en sensation. Tu dois comprendre comment accompagner et mimer des gestes dansés ». Et de se former : en septembre 2019, intrigué par cette expérience et désireux d’en apprendre davantage, le batteur passe un DE d’accompagnement danse à l’Institut supérieur des arts de Toulouse. « J’ai réutilisé tout ça dans ma pratique. Quand tu vois des danseurs bouger sur ta musique, ça transforme aussi la perception. Tu as aussi envie de simplifier. Quelques fois, deux notes, ça suffit. Y’a pas besoin d’en mettre plus ».

L’avenir s’annonce chargé. Beaucoup de résidence, et une envie de continuer les différents projets. Tout particulièrement, c’est ce rapport entre musique et danse qui intéresse Adrien. En discussion avec le Dancing de Dijon (l’un des Centre de Développement Chorégraphique Nationaux du territoire), l’idée serait d’accompagner à la batterie et aux percussions des masterclass pour, à terme, faire des liens entre danseurs et musiciens. En somme, continuer de décloisonner les arts. « Quand je vais voir un spectacle de danse, je vois que ça se destine à un autre public que ceux de Media Music ou que celui du bœuf du Bam Jam, et pourtant, je me dis que ce serait chouette que l’on retrouve en partie les mêmes ». Un beau projet pour celui qui fait de la transversalité, une ligne de conduite

Site internet : adriendesse.com