Ark – Travelling Minds

Crédit photo : DR

Hoël Germain

Les rêveries d’un trio solaire

L’aube ou le crépuscule, à l’ombre d’un arbre, la prairie blonde paraît roussie, il fait tiède. A contre-jour l’horizon dessine une masse sombre, rien ne vient perturber le vagabondage de l’esprit. Le voyage est mental mais le regard embrasse les environs semble indiquer la couverture de l’album ; contrepoint à une cérébralité débridée, c’est à l’impression que la musique d’Ark œuvre. Impression obsédante du déjà-vu avec l’inlassable retour du thème à travers ses déclinaisons dans Hara, qui laisse comme hanté d’effluves de terre chaude. Second titre de l’album, il est peut-être le plus manifeste de cette progression des mélodies par extensions successives que déploie le trio en ménageant ses transitions en digressions improvisées. Un ressac qui semble en prise directe avec le fonctionnement de l’esprit en rêverie éveillée imprègne le vibrionnant People Square, la belle balade Orion, où affleurent les années de formation en guitare classique de Joseph Bijon, la sérénité troublée de Lines ou encore la délicate ouverture Waltz, une valse pour accompagner la levée des brumes matinales au soleil rasant.

Ark sait aussi varier ses effets, avec des titres d’autres factures. Ainsi Dommages Collatéraux, relativement court crescendo énergique (3:38), est le seul titre augmenté de multiples pistes, l’addition des strates de six cordes permettant à Benoît Keller de donner à sa contrebasse des atours de guitare gilmourienne le temps d’un chorus façon slide habillé d’overdrive et delay. Même instrument, autre registre, avec le solo blues rustique qui débute le titre Céline, lequelest ensuite propulsé par la guitare de Joseph Bijon dans des volutes bleutés jusqu’à transmutation saturée vers un ailleurs fantasmatique. Surtout, Consciousness qui vient en conclusion, prend le contre-pied d’un album résolument mélodiste en jouant la dilution harmonique et la dilation méditative du temps en vagues sonores, orchestrées de vrombissantes nappes d’archet et guitare, chamboulés de dévalements de fûts en rafales. Avec un usage extensif des fagots et un jeu de ballets soyeux et vivace (Falling Grace)Clément Drigon apporte ce qu’il faut d’éther et d’ardeur pour équilibrer la coloration des paysages intérieurs de Travelling Minds.

De l’ensemble ressort souvent une forme d’évidence, signature de l’accord des trois qui nous embarquent dans leur songe commun avec une spontanéité rassérénante.

Bon voyage !

Teaser de l’album réalisé à l’Arrosoir de Chalon sur Saône le 28 août 2020 :

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