Explicit Liber Checkpoint Bravo – Part.1

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Hoël Germain

Au passage

Après mai 68 en 2018, le trio Explicit Liber poursuivait sa mise en musique documentée de mouvements contestataires du siècle passé autour de la date anniversaire de la chute du mur de Berlin : Checkpoint Bravo, sous titré Part. 1 est extrait d’un concert à l’Arrosoir de Chalon-sur-Saône le 15 novembre 2019. Soit il y a fort longtemps, tant les calendriers ont depuis fondu comme des montres à la lueur glauque des néons épidémiques.

Le catapultage de l’actualité, le passage présumé d’un monde à un autre, on entend tout ça dans les archives sonores que le contrebassiste et compositeur Benoît Keller a mobilisé en partie depuis le fonds familial constitué par un oncle porté sur la collecte des ondes et des voix. Les bandes magnétiques, signature visuelle d’Explicit Liber en scène, portent les discours qui introduisent chaque morceau. Si Benoît Keller indique modestement pour principale ambition de mettre en valeur ces paroles, ses compositions racontent leur propre histoire, et laissent à l’auditeur la possibilité d’y associer ses propres images. En miroir de l’extrait de JT qui la débute, la piste Delay, construite autour du jeu rythmique que permet l’effet sonore du même nom, offre de multiples échos.Le dialogue avec le matériel sonore prend ailleurs des allures de contrepoint. Introduite par des cris de liesse et un strident sifflet, Le vent du changement est une balade mélancolique chaudement troussée d’une ritournelle de viole de gambe en pizzicato contre laquelle vient se lover la soie que semble laisser filer Aymerick Descharrières de son saxophone soprano. La volonté de laisser aux propos archivés le temps de s’installer bénéficie symétriquement aux mélodies, dont les thèmes restent sensibles dans leurs développements les plus joueurs (Sous les Tilleuls, propulsé aux baguettes alertes par un Denis Desbrières très en verve). La veine ludique se trouve aussi en introduction de Raymond, dernier morceau de ce Part.1, qui répond de ses premières mesures tout en swing suspensif aux réactions d’une « classe politique française » anticipant l’après. La suite en déréglera le rythme, un délitement de l’élan initial qui se maintien sur la brèche, de plus en plus ténu alors que le trio laisse place a l’épure d’un solo de contrebasse, souple résistance à l’envahissement du silence. La fin de l’histoire n’est pas pour tout de suite ; Part. 2 a été enregistrée au Crescent de Mâcon, en octobre dernier.

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