Bruno Angelini, la vie devant soi

Crédit photo : Clément Puig

Guillaume Malvoisin

Open Land, quartet mené par le pianiste, est un des projets soutenus pour sa tournée en région BFC. Patient, multiple et lyrique, le groupe prend l’avenir dans ses grandes largeurs.

Comment un presqu’incident peut-il générer une musique aussi paisible ? Quelles forces entrent-elles en lutte intestines pour forger une musique d’une densité aussi calme ? N’y-aurait-il pas que chez des musiciens du répertoire jazz qu’on puisse trouver une spontanéité apparente basée paradoxalement sur une envie « d’écrire expressément pour ce groupe, pour les possibilités qui s’offraient en terme de couleurs, de rigueur chambriste, de liberté, d’explorations rythmiques, de climats harmoniques ». Ces mots sont de Bruno Angelini, présents en marge de la sortie de l’album Open Land (2018, La Buissonne) sur son site web. 2018 serait une relecture de 2014, date de la création de ce chamber-quartet à la sincérité désarmante. Plus qu’une relecture, un palimpseste. Un manuscrit repeint, et réécrit sur les mêmes fondations. Il faut savoir que la rencontre du quartet se fait sur scène, à L’improviste, bateau parisien bien nommé, sans préméditation de suite, et surtout, faute de temps disponible, sans musique écrite au préalable. Ce quartet, c’est Bruno Angelini (piano), Régis Huby (violon), Claude Tchamitchian (contrebasse) et Edward Perraud (batterie). La première galette est baptisée Instant Sharings et convoquent sélect personnelles et reprises des grands prédécesseurs comme Paul Motian et Steve Swallow, et cisèle un son, des couleurs, des timbres. Bref, ce qu’on appelle ici et là une patte. Une double patte, même. Quartet bipède dansant entre lyrisme abrupt et intimisme à la ligne claire. La touche du piano naviguant en clair-obscur, sensible et provoquant les entrelacs des frappes et des cordes.

Enregistré quatre ans plus tard, Open Land rejoue ses entrelacs, dans des accès de poésie humbles et assurés. La mélancolie apparait de-ci de-là, mais rien ne sombre dans le remords encore moins dans le regret. Les remous ne sont que pures vibrations. Tactile, voilà une musique tactile, le genre de truc super élégant qui vient vous chercher du bout du doigt sur l’épaule. Et vous balance hors de toute frontière de genre et de style. Chambriste, oui, c’est auto proclamé ainsi. Mais pas nocturne, pas pudibond pour autant. On comprend un peu plus du titre du quartet en considérant Leone alone, hommage solo au maître du western spaghetti et des grands espaces. Pas de flingues, certes pour les quatre Pistoleros d’Open Land mais des chevauchées secrètes dans les grands espaces, des escapades radicales sous leurs allures de douceur. Citons par exemple Tree Song, très bel hommage à John Taylor –  le pianiste britannique disparu en juillet 2015, par le fondateur de Duran Duran. Moins Notorious, plus éthéré et plus élancé. Citons aussi Inner Blue, autre sorte de bleu confiée au violon sans longs sanglots, mais à la larme pudique, bien que discrètement enragée.

Entre ces deux titres, mille autres variations de timbres et de teintes, que ce projet, né en scène, devrait pouvoir relire, rejouer et finalement relier en scène également, dans la tournée soutenue par le Centre régional du jazz en Bourgogne-Franche-Comté (voir ci-dessous). À parier que le presqu’incident natif soit la source d’alchimies terribles.

En concert avec l’aide du CRJ :

Vendredi 2 octobre à 21h
L’Arrosoir – Chalon (71)

Samedi 3 octobre à 20h30
La fraternelle – Saint-Claude (39)

Dimanche 4 octobre à 18h30
Le Boeuf sur le Toit (39)

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