Pour les Jazz Clubs : oublier le manque

Crédit photo : Florian Jannot-Caeilleté

Michel Pulh

Septembre est généralement le mois de rentrée pour la grande majorité des jazz clubs. Communication et musique : en général une formalité bien rodée. Mais entretemps 2020 a glissé de sérieux grains de sable.

À Dijon : LeBloc (Guillaume Malvoisin) ouvre le ban le 10 septembre dans le Club de La Vapeur. Il présente une Musique de travers : Myotis, un solo du batteur Anthony Laguerre. Les lendemain et surlendemain, Frédérique Carminati, Jean-Claude Pouyet & friends se produisent au Bistrot de la Scène. À Onans (Doubs), le 12 (et très certainement aussi le 13), le quartet du guitariste Jan Vanek ouvre la saison du Jazz Club Jean-Paul Tomas La Colonie qui s’apprête à fêter ses 10 ans et à rendre hommage à son créateur[1]. Le 18, à Mâcon le Crescent présente Shake 5 ; « nouveau groupe de soul de l’un de nos musiciens Daniel Jeand’heur » indique Antoine Bartau. Ce même vendredi à Saint-Claude, La fraternelle présente l’ensemble de sa saison ; son second concert de jazz, Yves Theiler Trio We, aura lieu le 17 octobre (nous y reviendrons). Le 19, l’Orchestre Impérial du Kikiristan est à l’Escale de Migennes où le 6e Festival Jazz se tiendra du 22 au 25 octobre. Est-ce intentionnellement si à Chalon sur Saône l’Arrosoir – lui va fêter ses cinquante ans[2] – a choisi la Journée du Patrimoine (20 septembre) pour renouer avec son public. Le soir, Clément Merienne va y étrenner celui qui sera le « grand fil rouge » du premier trimestre, annonce Médéric Roquesalane : « un piano flambant neuf. » Le 25 septembre au Caveau des Remparts, Jazz à Delle (Territoire de Belfort) présente le Duo Chanela des guitaristes Éric Santato et Sidney Balasalobre. Quant à D’Jazz Kabaret (Media Music Dijon) il démarre sa saison le 1er octobre dans son port d’attache, le Club de la Vapeur. Au programme Discord, présenté « dans le cadre du dispositif 1ère partie du [Centre régional du jazz] » et « Open Land, le quartet de Bruno Angelini » (Jacques Parize). À Auxerre le Jazz club reprend le 9 octobre au Silex où il présente la chanteuse Marie Mifsud. Enfin, les deux artistes invités cette saison par Cyclop Jazz Action sont Thomas de Pourquery et Sébastien Boisseau. Stéphane Bigot explique avoir « repris contact avec l’ensemble [de ses] partenaires[3] pour poser dans un nouveau calendrier l’ensemble des opérations » qui devraient se dérouler entre décembre 2020 et juin 2021. Le calendrier[4] d’un certain nombre de clubs pourra parfois faire penser à celui de la saison précédente. En effet, conséquence de la crise sanitaire, certains des concerts qui ont dû être annulés à partir de la mi-mars ont heureusement pu être reportés.

Quelle que soient leur nature, toutes ces structures qui animent la vie du jazz en région sont éminemmentfragiles. Elles rouvrent donc confrontées à maints problèmes afférents à plus de cinq mois d’inaction forcée. Jointes par Tempo, pour celles d’entre elles dont le fonctionnement est assujetti à des financements publics, elles ont obtenu des garanties portant sur 2020. « Ce soutien sans faille de nos tutelles est un véritable réconfort » assure Christophe Joneau. Quant à une visibilité ultérieure, celle-ci est bien sûr prématurée, ce qui ne lève pas l’inquiétude à court terme. Dans l’immédiat, les questions épineuses qui vont se poser tiennent à l’organisation pratique des jazz clubs. Jauges réduites ? Deux exemples. Si, par un accord amical, Agnès Tomas prévoit deux concerts, au lieu d’un, de Jan Vanek à Onans, c’est simplement pour atteindre les 120 spectateurs que le club de la Colonie, strictement privé, peut accueillir en temps normal. Au sein de La fraternelle, le Café tient lieu de club. Or Christophe Joneau semble devoir y renoncer et installer les concerts au théâtre où la distanciation obère moins les recettes.

Un club, le plus souvent c’est différent d’une simple salle de concert. Il existe quelque chose d’intime chez lui. Il dispose aussi d’un bar ; il y a donc du va-et-vient. On aime à y côtoyer les musiciens après leurs sets, ils dédicacent leurs CD. Enfin il n’est pas rare qu’un bœuf s’improvise pour prolonger la soirée. C’est dans ce contexte que gel hydroalcoolique et masques vont imposer leur présence. On s’y prépare et on s’interroge. Le public qui lui semble en attente de musique, ce « point le plus important » qu’évoque Jacques Parize, semble rassurer les responsables. Le 23 août sur la scène de ce bel écrin pour la musique qu’est le théâtre Chagny[5](Saône et Loire), Le pianiste Fred Nardin se produisit en compagnie du batteur Leon Parker et du contrebassiste Or Bareket. Bien que distancié, le public était au rendez-vous. En lui adressant ses remerciements, Fred Nardin évoqua bien sûr cet été quasi désert pour les musiciens et exprima son désir pressant de rejouer dans ces berceaux du jazz à nul autre pareil que sont les clubs.


[1] Jean-Paul Tomas est décédé le 11 août 2018 ; Agnès Tomas, son épouse, gère à présent La Colonie.

[2] Le Jazz Club de Chalon-sur-Saône a été créé le 3 décembre 1970. Le club l’Arrosoir ouvrira quelques années plus tard. 

[3] Entre autres : Echo System (Smac de Haute Saône), Fraternelle, Moloco, Rodia, Scène nationale de Besançon, Conservatoire de Montbéliard, collège de Vaujecourt, Centres sociaux bisontins.

[4] Diffusé au fur et à mesure dans l’Agenda de tempoweb.

[5] En clôture du Festival des Moments Musicaux.

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