O.U.R.S., grognements fédérateurs

Crédit photo : Stanislas Augris

Guillaume Malvoisin

O.U.R.S. C’est quoi cet acronyme ? Mauvaise prononciation d’un ancien royaume communiste ou orthographe pseudo-distingué définissant un quadrupède mal léché ? Rien de cela. O.U.R.S., c’est un quartet de jazz.

Un quartet et deux albums. Deux fois 4f Télérama, un missionnement CRJ et un paquet d’étincelles laissées dans le sillage de leurs concerts. O.U.R.S. ?  C’est l’acronyme de Ornette Under The Repetitives Skies. C’est la réunion de Hugues Mayot (saxophone ténor et clarinette basse), Joachim Florent (contrebasse), Emmanuel Scarpa (batterie) et le leader maximal du quartet, Clément Janinet (violon). Le quartet joue avec ce qui a toujours existé dans le jazz, cette pulsation épidermique, originelle.

Sur le dernier album du combo, la pulsation imprime jusqu’au titre : Danse ? (Gigantonium, 2019). Et, sous des allures interrogatives, l’O.U.R.S. sait parfaitement ce qu’il veut. Il remonte, de son plongeon dans le grand bain des musiques traditionnelles et des musiques à danser, et livre une écriture plus dense, plus claire encore. Une écriture posée sur la transe et la secousse. Pour (presque) finir avec le sens détaillé de O.U.R.S., l’animal convoque des influences made in USA. Dès sa création, en 2017, Janinet lance son quartet sur la piste du lyrisme des mélodies du free jazz des années 60 et les combis timbres/rythmes forgés par les répétitifs américains tels que Steve Reich et Philip Glass. Ornette et les répétitifs, Coleman et les transes de verre. Le pépère est clair, tant O.U.R.S. puise son ADN dans le parcours de ses musiciens : les salves originelles de Radiation 10, les explorations au sein du collectif COAX, les premiers chocs reçus des écarts harmoniques osés par le free jazz et les entêtements micro-cellulaires des minimalistes US. Citons en bonus non négligeables, les saillies de Joachim Florent au sein du trio Jean-Louis et de la Revolution de Corneloup. Citons le passage pas sage d’Hugues Mayot dans l’ONJ d’Olivier Benoit, ou encore en sidekicking deluxe pour les projets Ikui Doki et ¿ Que Vola ?. Citons les frasques d’Emmanuel Scarpa pour Umlaut, Marteau Matraque ou plus récemment Might Brank.

Le pédigrée de Clément Janinet offre d’autres trésors. Après des études aux côtés de Didier Lockwood puis un premier prix du CNSM de Paris en 2007, le violoniste démonte le tremplin du festival de la Défense au sein de Radiation10. Féru des musiques rurales et urbaines issues de différentes régions du monde (Nord-Est brésilien, Nord du Burkina Faso, musiques urbaines du Cameroun et du Congo-Brazzaville, musiques berbères du Maroc et d’Algérie), il travaille son violon en développant ses propres techniques pour les intègrer au jazz et aux musiques improvisées. C’est ce qu’il défend en faisant le grand écart de Sylvain Rifflet à Han Bennink, de Ray Lema à Mark Turner.

Un grand écart fait également entre l’oral et l’écrit, entre le dansé et le non-dansé. En 2018, Le premier album éponyme (Gigantonium) voyait la bête poser sa griffe sur une musique aux contrastes tranchés, au spirit coltranien et à la puissance fraternelle.

Pas mal pour un acronyme, non ?

Reportage vidéo du concert d’O.U.R.S. à Dijon le 28 février (D’jazz Kabaret)

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