La politesse du grain de sable

Crédit photo : Atlas 4tet

Hoël Germain

Atlas 4tet / Eclipse

Dès l’ouverture de l’incendiaire Blaze, on présume qu’Atlas 4tet aura à cœur de faire gigoter, trépigner ou franchement danser son auditoire, et ce quelle que soit la complexité mise en œuvre. La suite confirme, qui mêle les cocottes funky du guitariste Léo Molinari (lequel tient aussi les claviers), et les rythmiques tortueuses dont se jouent avec une délectation sensible le second Léo, M. Delay aux baguettes et Nicolas Canavaggia à la basse électrique (ainsi qu’à la contrebasse). Voilà qui ferait programme s’il n’y avait plus à dire. El Asad vient en contrepied, avec une montée en tension quasi-perpétuelle nourrie de boucles synthétiques expansives ; les codes de la musique de dancefloor sont sinistrés, l’évolution du beat vers un motif faussement disco ne dissipe pas le malaise, jusqu’à l’incandescent chorus de Romain Maitrot (trompette et bugle), rai de lumière brûlante dans un ciel d’orage plombé, qui vient couronner une seconde partie au caractère oriental. Maghreb imaginaire, comme un vecteur d’inspiration libre, au même titre que La Lamentation de Didon, conclusion de l’opéra baroque d’Henry Purcell (1689) qu’Atlas 4tet évoque avec Lament. Mais c’est le clin d’œil à Moondog, dont la chaconne Bird’s Lament est aussi basée sur l’ostinato,qui saute à l’oreille.

L’appropriation a du tact, la politesse est de rigueur : le travail de titan se devine, mais les quatre d’Atlas font peu étalage de leur maîtrise, tout va au service de climats sonores. Version solennel et inquiet pour Eclipse dont le thème mélancolique semble échapper à peine à ce qui l’entoure mais revient obstiné, à la charge. Le titre éponyme aurait tous les atours d’une conclusion, mais non, le quartet ne nous abandonne pas à son vrombissement d’archer intranquille. S’ouvrant d’une batterie déboulant à pleins toms pour devenir la scansion hypnotique qui drive l’ensemble, le mot de la fin revient à Frisquette, un petit supplément de frisson épique qui laisse l’auditeur remonté comme une pendule. Politesse disait-on.

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