Bataille rangée

Crédit photo : Clément Vallery

Guillaume Malvoisin

Victor Prost a accroché sa Discord_ au tableau des formations soutenues par le CRJ en 2020. Le jeune batteur du 7.1, loin d’être querelleur, est un chercheur et un amoureux du son.

Janvier 2019. Quatre amis de toujours et une faute d’orthographe volontaire. Il y a Jean Waché (contrebasse), Antonin Néel (piano), Tom Juvigny (guitare) et Victor Prost (batterie). Il y a aussi un ’e’ qui disparaît, aussi vite que chez Georges Pérec. Bim, naît Discord_. Quartet de jazz, jeune formation, projet au long cours. Chacun le classera selon ses principes. Discord_ aura un coup d’avance dans le paysage régional. Parcours quasi classique et règle du jeu basique. Victor Prost est issu des rangs d’honneur du Conservatoire du Grand Chalon. Il y aiguise ses baguettes et se façonne un tympan de chercheur : patient, curieux et franchement porté sur le jeu. « La complicité, l’écoute et l’amitié sincère étaient essentielles pour la musique que j’imaginais pour Discord_. J’avais déjà l’habitude de jouer avec Jean et Antonin au sein du trio Segment, ainsi qu’en duo avec Tom dans la formation Cosmos. Je savais qu’une fois tous réunis, les choses allaient très vite commencer ! » Règle du jeu basique. À en rendre presque jaloux, un Jean Renoir.

Comment ça commence, une formation ? C’est toujours amusant de sonder ce qui préside aux futures impros live, aux futures impasses de certaines répétitions, aux futures envies communes. « J’ai senti qu’il était temps pour moi de m’exprimer en tant que leader, et surtout en tant que compositeur. J’ai voulu fabriquer quelque chose de très personnel, du sur mesure, en m’inspirant de tout ce qui me touche : la musique contemporaine, le jazz sous toutes ses coutures, les musiques improvisées, et le son ! J’avais soif de concepts, de surprise. » Et la musique de John Cage, celle de György Ligeti ou encore de musiciens comme John Coltrane ou Tony Williams de lancer la liste éventuelle des influences.

Victor envisage chaque pièce de son répertoire comme un monde où le mouvement reste libre, comme « un paysage, une histoire, un environnement ». D’emblée, on sent l’envie d’aller explorer le son, notamment celui de la batterie, et de jouer sur la face sensible de la mélodie. « Chaque instrument est une mine d’or en matière de timbre et la batterie ne fait pas exception ! Mais je reste évidemment très attaché au rythme, à l’harmonie et à la mélodie autant qu’au timbre. J’essaie de trouver un équilibre entre ces quatre paramètres. » Comment ça compose un batteur ? À la baguette, à l’oreille ou par les mains d’un autre instrumentiste ? Ici, c’est plus simple. Seul au piano et face à de longues plages horaires. Discord_ est une formation qui demande du temps, pour fourbir le cadre puis en assouplir les contours « facilement ré-inventés collectivement à chaque version ». En résulte une musique qui a du grain, de la feuille. Une musique faite aujourd’hui, c’est-à-dire avec la référence et l’envie d’en découdre. Parmi les sons entendus, il y a La Vie en Rose. Très vieille chanson. Trop vieille pour un quartet de jeunes musiciens ? Qu’est-ce qui intéresse encore aujourd’hui dans ce morceau ? « J’ai rarement été touché si fort par une mélodie, c’est presque physique ! J’ai beaucoup de chance de pouvoir jouer à ma manière un de mes morceaux préféré avec Discord_ ! J’affectionne aussi énormément les standards du jazz qui sont tous très lourds de sens et remplis de vie. J’en jouerais encore et encore tout au long de ma vie de musicien, c’est une certitude ! » Pour finir, on parle de cette fameuse faute d’orthographe ? « Je n’ai aucune excuse, ce ‘e’ était de trop ! » Avant de comprendre définitivement cette réponse, reste à écouter l’avenir de ce quartet.

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