Sénécio Quartet

De gauche à droite, Vincent FAUVET (batterie et percussions), Frédéric FIRMIN (batterie et percussions), Gérard BOUQUIN (contrebasse), 
Per Aage BRANDT (piano) et François CANARD (sax ténor).

Crédit photo : Senecio Quartet

Didier Robrieux

Vitalisé par un solide potentiel jazz, ce collectif conjugue aujourd’hui volontiers musique, poésie et art graphique

Constitué à l’origine de François Canard (sax ténor), Per Aage Brandt (piano), Gérard Bouquin (contrebasse) et Vincent Fauvet (batterie), le Sénécio Quartet joue de plus en plus la carte de l’élargissement en faisant régulièrement appel à un second batteur (Frédéric Firmin) ainsi qu’à un récitant (Antoine Linguinou). Diversification oblige ! Si cette formation icaunaise — qui fête aujourd’hui ses quatre ans d’existence — est à citer parmi des meilleurs crus en matière de jazz, elle a en effet choisi, au fil des années, de présenter parallèlement des spectacles associant musique, poésie et graphisme.

Au début pour le Sénécio, il y avait un répertoire « concert » strictement jazz majoritairement post-bop qui s’articulait « autour des compositions de P. A. Brandt et d’un choix de standards faisant la part belle à Thelonious Monk », précise François Canard. Puis, s’est naturellement imposée l’idée d’agréger d’autres éléments d’expression dans la production du groupe ainsi que l’indique Per Aage Brandt : « Il s’est trouvé que nos orientations étaient, pour ainsi dire, pluri-esthétiques. Notre saxo est un artiste graphique remarquable. De mon côté, j’ai publié quarante livres de poésie au Danemark. Nous avons pensé pouvoir créer des événements en jouant sur toutes ces cordes, du moins de temps en temps (…) Le jazz, pour nous, s’ouvre dans toutes les directions de l’art ; c’est une musique inclusive, peut-être plus qu’aucune autre, à cause de son histoire. »

Ainsi, tout en maintenant plus que jamais son axe jazzistique fondateur, le collectif se fait fort désormais de décliner plusieurs autres formules de rendez-vous sur scène : Complainte de Fantômas (lecture du texte de Robert Desnos entrecoupée de courtes pièces musicales), Ravel in Jazz (variations d’après les œuvres de Maurice Ravel), Poésie sur Musique (poèmes de Per Aage Brandt lus et illustrés musicalement), toutes ces représentations s’accompagnant d’expositions de dessins signés François Canard. Dans cette lancée, un second album baptisé Ravel in Jazz a vu le jour*.

La cohésion de ce Sénécio est indéniable. Ses membres se félicitent d’une osmose positive qui s’opère au sein du groupe entre musiciens, en l’occurrence issus de trois générations différentes. Le partage et le plaisir sont là : « Ce qui est important pour moi, c’est de jouer dans l’orchestre et pour l’orchestre.

Le principal est de se sentir bien dans la musique que vous êtes en train de jouer et surtout d’être bien avec les musiciens avec qui vous jouez. », confie Gérard Bouquin. Ce sentiment d’agrément amical et musical mais aussi de coudées franches est également souligné par François Canard : « Ce qui m’intéresse avec Sénécio, c’est que son évolution se fait naturellement, sans plan préétabli (…) On ne se sent pas bloqué ni limité. J’ai le sentiment que chacun y trouve sa place et sa juste expression. ». Et Antoine Linguinou, le récitant du collectif, d’exprimer un égal enthousiasme : « Ce travail de comédien, de « diseur » presque, c’est pour moi un nouvel endroit de jeu (…) Ici, nos arts se croisent, se rencontrent. Chacun est libre de venir « chatouiller » l’autre, de façon à faire rebondir de nouvelles idées. J’adore. ». Une envie collective et un engagement propices à de belles éclosions artistiques.

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* Sortie : avril 2020. Voir par ailleurs chronique du premier album du Sénécio Quartet intitulé Valse Épique dans Tempo N° 71.

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