Noé Sécula with(out) strings.

Lucas Le Texier

Eternity in Human Flesh du Noé Sécula Trio.

Le Noé Sécula Trio propose son premier album avec (et sans) quatuor à cordes. L’occasion d’introduire la formation et de démontrer une nouvelle fois la richesse des partages musicaux entre jazz et classique.

Cela semble être un pari audacieux que de sortir pour son premier album de jazz un trio accompagné d’un quatuor à cordes – pas tant que ça, quand on sait que le pianiste Noé Sécula a toujours lié sa pratique du jazz avec son héritage classique. Après un crowdfunding réussi en avril 2019 et un enregistrement aux Studios Palace à Moulins, l’album Eternity in Human Flesh s’apprête à sortir pour le 2e trimestre 2020. Il constitue la première production de ce trio qui officie entre la Bourgogne-Franche Comté et la région lyonnaise.

La première partie du disque est consacrée au trio : Sécula est accompagné de Felipe Silva Mena à la contrebasse et d’Adrien Bernet à la batterie. La dynamique de groupe provient de l’émulation toute singulière entre le jeu prométhéen de Sécula et une section rythmique qui alterne entre une position de suiveuse et de retenue face au pianiste. Sur Eye Colour Never Fade, le drive omniprésent – que le mixage a rendu particulièrement fin – et la walking bass métronomique régulent une improvisation au piano qui cherche sans cesse à déborder cette digue rythmique. Joseph’s Doubt et la Valse d’Augustine de Vladimir Cosma – seule reprise du disque – démontrent que le trio est tout aussi capable de déployer des ambiances délicates qui se marient particulièrement avec les solos feutrés de contrebasse. La grande qualité de l’album est d’avoir fait exister le quatuor (qui fait son entrée dans la seconde partie) en tant qu’entité propre, et non pas comme prétexte classique sur un disque de jazz. Bien que les cordes puissent s’incarner comme accompagnatrices ainsi qu’elles le prouvent en soutenant le riff tenu par le piano et la contrebasse pour le solo de batterie à la fin de Orchestrator, elles viennent aussi s’émanciper du trio à l’instar de la longue introduction entièrement dédiée au quatuor sur One Will One Word. Toute la plasticité des rôles que leur confère Sécula est bien retranscrite dans les dynamiques du long morceau Number Frenzy, faisant naviguer le quatuor dans un tandem entre rôle mélodique de premier plan et soutien par de longues nappes tissées sur lesquelles viennent se greffer la musique du trio.

Laisser un commentaire