Jazz et hip-hop : Âges d’or et gueules de bois partie 2

Crédit photo : Blitz The Ambassador / http://www.alter1fo.com / Flickr

Mathieu Durand

Pour répondre à cette question, il faut rappeler quelques points essentiels sur ce qu’on appelle le rap US. Comme le jazz, le hip-hop n’est pas d’un bloc : il y a le free jazz, le jazz West Coast, le swing, le bop, etc. Eh bien, il existe de même le rap East Coast, le gangsta, le rap conscient, la trap, etc. C’est en partie pour cette raison qu’il est d’ailleurs absurde de voir des musiciens comme Wynton Marsalis rejeter ce genre tout d’un bloc. Ce serait comme détester tout le jazz parce qu’on n’aime pas Sinatra. Une fois ceci dit, il faut se souvenir que ce n’est pas tout le hip-hop US qui se réclame du jazz et par là même de la Great Black Music. Ce fut souvent le fait d’une poignée de groupes qui voulaient justement se démarquer d’une certaine uniformisation, commercialisation ou ghettoïsation de leur musique pour l’inscrire dans la grande histoire des musiques noires.

Résultat, mettre du jazz dans son rap, c’est-à-dire dans ses samples, beaucoup l’ont fait. Mais le revendiquer ou le conceptualiser, c’est une autre affaire, bien plus politique ou militante que musicale. Les Beastie Boys par exemple ne s’en sont jamais revendiqués. Pourtant l’un de leurs morceaux les plus célèbres, Sure Shot, est basé sur une ligne de flûte tourbillonnante de Jeremy Steig.

De même qu’aujourd’hui Sun Ra est au final davantage cité comme influence pour sa philosophie afro-futuriste que pour sa musique. Pour beaucoup de rappeurs américains, revendiquer le jazz dans leurs textes ou leurs samples, c’est donc une manière d’affirmer une identité, une culture, une tradition.

Un des exemples les plus fameux étant bien sûr la relation privilégiée de Chuck D de Public Enemy avec Archie Shepp.

Ce qui explique, par exemple, qu’il y ait beaucoup moins de rappeurs en France qui se revendiquent de cet héritage : ils préfèrent, par exemple, sampler Aznavour, Piaf ou Brel, plus identifiés comme le parangon de la musique populaire à la française. Ou quand ils le font, ils ne le revendiquent pas spécialement : dernièrement (en 2015), le très populaire Orelsan a samplé le trio anglais Gogo Penguin sur “Inachevés” sans le clamer, ni le cacher.

Dans le même temps aux Etats-Unis, Kendrick Lamar réalisait son chef-d’œuvre To Pimp A Butterfly en clamant haut et fort la présence de Herbie Hancock, Robert Glasper ou George Clinton.

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