Franck Tortiller, une vie de musique cœur et lames

Pascal Anquetil

Crédit photo : Roberto Petronio

Dans la vie de tout musicien, il y a toujours des étapes qui finissent par faire un parcours. En dix dates, voici les dix étapes marquantes, voire décisives, de la carrière du vibraphoniste bourguignon.

1963 : Naissance à Saint Léger-sur-Dheune dans une famille de vignerons et musiciens amateurs. Il commence à jouer de la batterie avec son père Mimi dans les bals de sa région. « J’ai commencé ma vie de musicien en Bourgogne. C’est mon pays natal, l’un des piliers essentiels de mon activité de musicien. Et pourtant c’est aussi le territoire où je joue aujourd’hui le moins. Je ne m’explique pas cette situation que je regrette. »

1975 : Coup de foudre pour le jazz à l’âge de douze ans lors de sa première communion à Couches. On lui offre deux microsillons : un album de Clifford Brown et Max Roach et Lionel Hampton Live in Paris. « Je ne savais pas qu’un tel instrument puisse exister. Hampton en jouait très rythmiquement avec une énergie incroyable. L’autre moment déclencheur de ma passion fut la découverte de Mike Mainieri. Révélation ! Le son, le phrasé, cette approche très sensible de l’instrument, tout était totalement nouveau pour moi. Les dès étaient jetés. Ce serait mon instrument. » Pour accompagner son initiation, il aura des lieux mythiques. « Je me souviens que mes deux premiers concerts de jazz ont été Archie Shepp à l’Ouest de la Grosne chez Jacky Barbier, et le lendemain Stan Getz à Chalon. »

1986 : Le 21 juin, jour de la fête de la musique, mais aussi du match France-Brésil en quart de finale de la Coupe du monde de football, Patrice Caratini l’engage pour un concert à Roanne au sein de son onztet. « Ce fut mon premier gig important dans ma vie de musicien professionnel. Cela marque forcément à vie. »

1987 : Il crée avec deux potes (dont Christian Villeboeuf, récemment disparu) le festival Jazz à Couches qui existe toujours depuis 33 ans pour y défendre « une certaine idée militante de ce que doit être le jazz en milieu rural. »

1989 : « En juin, sous le nom de Trio à boum, Yves Rousseau, Pierre Guignon et moi gagnions le concours de jazz de la Défense à notre plus grande joie. Dans la foulée, je remporte le premier prix de soliste. C’est à ce jour ma seule récompense dans le milieu du jazz, hormis le Django d’Or 2007 pour l’ONJ. Nous avions gagné grâce à Jean-François Foucault, membre du jury, une tournée de 70 dates dans l’année. Un record ! Avec, en prime, une reconnaissance immédiate des professionnels. »

1992 : Mathias Ruegg l’engage dans son Vienna Art Orchestra. « J’ai joué dix ans au sein de cet orchestre dans lequel j’étais le seul français et qui fut pour moi une formidable master class. J’ai compris de l’intérieur ce qu’était l’esprit d’une grande formation, ce qu’il fallait faire et surtout ce qu’il ne fallait pas faire. Si je n’avais pas participé à cette aventure dense et forte je n’aurais jamais postulé plus tard à l’ONJ. »

1994 : Au sein du trio RTV (Rousseau-Tortiller-Vignon), il inaugure à Coutances les résidences d’artiste du festival jazz sous les pommiers. Deux disques témoignent de cette résidence qui durera quatre ans : Les jours de fête (1994)  et Spectacles (1988)

2005 : Nomination à la tête de l’ONJ. « Quand on arrive à la direction d’un tel orchestre national, le fait d’incarner une région, après le mandat de Didier Levallet, fut pour moi quelque chose d’important. » Un premier album Close To Heaven – A Tribute to Led Zeppelin se vendra à 25 000 exemplaires, un record dans l’histoire phonographique de l’ONJ.

2016 : Après des auditions en Bourgogne et dans toute la France, le vibraphoniste crée Collectiv, big band qui réunit de jeunes musiciens nés dans le années 90. « Cet orchestre dont je suis très fier est la démonstration vivante d’une intégration professionnelle exemplaire. »

2020 : « J’ai accepté avec joie la proposition de Fred Maurin de diriger pendant un an un ONJ des jeunes. À la seule condition que les premiers concerts puissent avoir lieu en Bourgogne-Franche-Comté. »