La métamorphose d’un big band en duo

Pascal Anquetil

Crédit photo : Bertrand Gaudillère / Item

Sangoma Everett & Lionel Martin

Revisiting Afrique of Count Basie & Oliver Nelson (Ouch !/Cristal Records)

« Ce duo, c’est l’histoire d’une rencontre du troisième type » écrit avec pertinence Jacques Denis dans son texte de pochette. Cinquante ans après son enregistrement par le grand orchestre de Count Basie, Lionel Martin et Sangoma Everett se sont lancé le défi de revisiter en tandem Afrique.

Ce superbe album, trop méconnu, produit en 1970 par Bob Thiele, est basé sur un répertoire original écrit spécialement par Oliver Nelson. Bien que de génération et origine différentes, Lionel Martin, saxophoniste volcanique au gros son charnu, au vibrato enfiévré et aux phrases grasses et épaisses, incandescentes comme de la lave, et Sangoma Everett, batteur souple et élégant qui connaît sur le bout de ses baguettes toutes les subtilités des rythmes du monde, ont tenté et réussi avec ce disque une mission impossible : faire sonner leur duo comme un big band et transformer leur joute joyeuse en une conversation interactive, captivante de bout en bout.

Ce que Lionel Martin, initiateur du projet, aime d’abord  dans l’album de Basie, « c’est au fond une certaine simplicité, un rapport à la ligne de basse très simple et répétitive avec des thèmes très puissants. »

Résultat : la réussite principale des deux amis est d’avoir su transmuer le swing “basique” en groove grondant et entrainant ; à savoir une certaine manière organique de faire pulser la musique en un roulis polyrythmique irrésistible. Cela crève les oreilles : les deux complices tout au long de leur dialogue vif et chaud s’entendent bien et savent s’écouter pour élaborer ensemble une architecture sonore singulière et enfanter librement une musique entêtante, fertilisée à l’humus du blues et aiguillonnée par l’appel du gospel. L’écoute de ce disque donne l’envie de vite découvrir le duo sur scène, seul espace où la musique se vit dans sa part de chance et de risque.